Au matin de ce jour, dans toute la France, les Templiers sont
arrêtés, notamment Jacques de Molay, Grand Maître de l'Ordre depuis
1298, et qui était venu en France pour conférer avec Clément V
de la situation du Temple. Nulle part, les Templiers surpris,
ne purent résister. Cent quarante chevaliers sont emprisonnés
à Paris. Ils sont accusés d'hérésie, de magie noire, d'autres
crimes encore.
Les interrogatoires sont dirigés par les inquisiteurs assistés
de commissaires royaux. Contre les accusés on procède avec une
rigueur impitoyable. Pour obtenir les aveux indispensables on
multiplie les plus affreuses tortures... Et quantité d'entre eux
avouent ; de grands dignitaires reconnaissent avoir renié le Christ
; Jacques de Molay avoue avoir craché sur le crucifix ; en Languedoc,
trois commandeurs, à la torture, avouent avoir assisté à un chapitre
de l'Ordre tenu à Montpellier, la nuit suivant l'usage, une «
tête » avait été exposée et le diable était venu sous la figure
d'un chat, qui parlait avec bienveillance aux assistants et qu'on
avait adoré , ensuite, plusieurs démons avaient paru sous forme
de femmes, et chaque frère avait eu la sienne mais les rapports
n'avaient pas été normaux...
Ces aveux, nombre de Templiers les rétractèrent par la suite.
Cependant, les biens des Templiers avaient partout été saisis.
Philippe le Bel négociait avec Clément V, et pour avoir l'appui
de la nation, il convoqua les Etats Généraux qui, assemblés à
Tours en 1308, prirent connaissance des accusations, des aveux,
et déclarèrent les chevaliers dignes de mort. Clément V, au Concile
de Vienne, prononça la dissolution de l'Ordre dans toute la chrétienté.
En France, partout, les procès avaient traîné en longueur dans
des alternatives d'aveux et de rétractations. Le jugement définitif
est ordonné enfin. Cinq cent soixante-six chevaliers sont jugés,
divisés en quatre catégories selon qu'ils sont estimés plus ou
moins coupables. Ceux de la quatrième catégorie, « relaps » sont
livrés au bras séculier, c'est-à-dire au bûcher.
L'on ne sait au juste le nombre des exécutions qui eurent lieu
en province. A Paris, la première exécution eut lieu au mois de
mai 1311. Un bûcher fut dressé hors les murs, près de SaintAntoine
(dans les environs de ce qui est à présent Vincennes). Le condamné
fut lié au poteau fatal, qu'entourait un bûcher de paille, de
fagots et de bûches. Le bourreau mit le feu... On avait voulu
faire un exemple pour réduire les autres chevaliers qui avaient
rétracté leurs aveux. Ils maintinrent leurs rétractations, et
quelques jours après, au nombre de cinquante-quatre, ils furent
conduits sur le même emplacement et liés chacun à un poteau. Ils
furent brûlés à "petit feu", c'est-à-dire que le feu leur brûlant
d'abord les pieds et les jambes, pour que la mort soit plus lente
à survenir et plus atroce. Au milieu des souffrances, ils ne cessaient
de prendre le ciel à témoin qu'ils étaient innocents...
Quinze autres exécutions suivirent.