Ces richesses, ce pouvoir presque illimité, l'orgueil des chevaliers,
l'inconduite scandaleuse de certains frères lais avaient suscité
l'envie et la malveillance. Les Templiers étaient redoutés et
détestés. On les accusait de pactiser en Orient avec les Sarrasins.
Des légendes sinistres couraient sur les criminels mystères qui
avaient lieu dans le secret de leurs Maisons, où nul autre qu'eux
n'entrait jamais.
On les accusait - eux qui ouvertement, s'engageaient à combattre
jusqu'à la mort pour le tombeau du Christ - de se livrer à des
cérémonies cultuelles bizarres, maléfiques, démoniaques, au cours
desquelles ils reniaient Dieu et pratiquaient la magie noire en
même temps qu'ils se livraient entre eux à des débauches contre
nature et à des impuretés abominables. Hérétiques plus détestables
que les Cathares manichéens si impitoyablement châtiés le siècle
précédent, ils avaient une doctrine secrète. des pratiques secrètes
qu'ils ne pouvaient, sous peine de mort, divulguer aux profanes.
Des chevaliers, ayant menacé l'Ordre de révélations publiques,
avaient, prétendait-on, disparus mystérieusement.
Quelles révélations ? Des renseignements, qui révoltaient le
peuple en ces temps d'universelle foi, étaient chuchotés sur les
rites étranges et sacrilèges qui s'accomplissaient dans les Commanderies
si rigoureusement fermées aux profanes.
« On disait, écrit jules Garinet dans son Histoire de la
Magie, qu'à la réception dans l'Ordre on conduisait le
récipiendaire dans une chambre obscure où il reniait Jésus-Christ
en crachant trois fois sur le crucifix ; que celui qui était reçu
baisait celui qui le recevait à la bouche, ensuite in fine spinae
dorsi et in virga virili ; que les Templiers dans leurs chapitres
généraux adoraient une tête de bois doré, qui avait une longue
barbe, des moustaches touffues et pendantes ; à la place des yeux
brillaient deux grosses escarboucles étincelantes cornme du feu...
»
Cette idole s'appelait le « Baphomet ».
Henri Martin, à ce sujet, dit :
« Chaque chapitre en possédait une image : c'était une tête humaine
à longue barbe blanche, ayant en la place des yeux escarboucles
reluisantes comme la clarté du ciel, avec un crâne humain et une
peau humaine ; certaines de ces idoles les étaient à trois faces
et montées sur quatre pieds ; on en avait saisi une au Temple
de Paris.»
A ces accusations, d'autres s'ajoutaient : les moines-guerriers
évoquaient les démons, ils se livraient aux plus sinistres pratiques
de la sorcellerie, ils avaient fait pacte avec le diable pour
augmenter leurs richesses et pour satisfaire les ambitions illimitées
que le public leur prêtait ... enfin ils s'adonnaient aux plus
infâmes débauches : leur serment secret contraignait les Chevaliers
à la sodomie.
Ces accusations se précisèrent en dénonciations formelles faites,
notamment, par deux Templiers apostats. Philippe le Bel, conseillé
par le fanatique Guillaume de Nogaret, put enfin agir. Il en attendait
le moment depuis 1305, date où Bertrand de Goth, sous le nom de
Clément V était devenu pape. C'est le 14 septembre 1307, que tous
les sénéchaux et baillis du royaume reçurent l'avis de se tenir
prêts et en armes pour le 12 octobre On leur fit tenir en même
temps des lettres closes qu'ils ne devaient, sous peine de mort,
ouvrir que dans la nuit du 12 au 13 octobre.