Au moyen âge, les morts se mêlaient
de près à l'existence des hommes. Des spectres se joignaient aux
danses de sorcières; des formes effrayantes hantaient les cimetières,
les lieux d'exécution et les chateaux anciens; des vampires embusqués
attendaient les passants. Et toutes ces croyances ne sont pas
éteintes. De temps à autre un fait divers le prouve. Les campagnes
écartées ont conservé, tenaces, les anciennes convictions naïves
et supersticieuses. Le Berry a foi dans la voiture muette, aux
roues de caoutchouc, qui porte le diable; un Vendéen se refuse
à passer à la croix de certains chemins; la peur des morts opprime
la vie des paysans et l'école obligatoire n'a que bien peu dissipé
les terreurs que causent les âmes errantes, les feux follets et
les garous.
Mais c'est en Ecosse, la terre légendaire des lacs, des
collines et des bois, que se situent les plus curieuses histoires
d'apparitions surnaturelles. Une des plus étonnantes est celle
du combat que soutint Alexandre III d'Ecosse contre un guerrier
fantôme dans le camp abandonné au sommet de la colline de Gifford.
L'apparition avait revêtu l'aspect du roi d'Angleterre Edouard,
le plus cruel ennemi d'Alexandre. Il était minuit quand le fantôme,
survenu à l'appel du cor, croisa sa lance avec celle du roi. Il
blessa ce dernier mais fut désarçonné et dut apprendre au monarque
l'issue de la guerre qu'il engageait avec les Danois et où ceux-ci
furent vaincus.
Un autre roi d'Ecosse, Jacques IV,reçut une visite étrange
pendant qu'à Sainte-Catherine, il entendait la messe des morts
célébrée par l'evêque pour la mémoire de son père Jacques III.
Ce fut Saint Jean lui même qui apparut au milieu de la foule.
Il avait une tunique bleue, une ceinture blanche et de longs cheveux
flottants. Il vint au roi et lui dit d'une voix peu élevée:
" Ma mère céleste m'envoie pour te prévenir de ne point
faire la guerre. Un grand malheur t'attend. Que Dieu daigne veiller
sur toi."
Le fantôme disparut, bien que le maréchal d'Ecosse tentât
en vain de le retenir. Peu après, un autre évènement fatidique
eut lieu: à Edimbourg, sur la Croix (colonne en marbre qui servait
aux proclamations et qui surmontait une antique tour), des spectres:
héraults et poursuivants d'armes, se montrèrent et firent une
proclamation à son de trompe et dans tout l'appareil usité. Ils
citèrent Jacques, roi d'Ecosse et tous ses chavaliers à "comparaître
devant le tribunal céleste au nom des crimes dont leurs coeurs
étaient souillés, et de toutes les passions qui les avaient dominés;
de par le silence de la tombe et les derniers soupirs du moribond,
ils étaient sommés de comparaître dans quarante jours"
Tous moururent vers l'époque fixée,,,, à la désastreuse
bataille de Flodden.
Pour en finir avec les fantômes écossais (si l'on voulait
les nommer tous, il faudrait plusieurs volumes...) on doit signaler
encore le bizarre Gilpin Horner, nain hideux et contrefait, qui
tout à coup apparut à Todshaw-Hill en criant "Perdu! Perdu!
Perdu!" et qui s'implanta dans une ferme où il maltraita
et tourmenta tout le monde jusqu'au jour, où, après le souper
une voix surnaturelle cria trois fois "Gilpin Horner!"
-"C'est moi, dit le nain avec terreur, il faut que je parte".
Et il s'évanouit dans l'espace, de sorte que personne ne le vit
plus jamais. Selon la croyance généralement répandue, c'était
le domestique d'un diable et il s'était, pour un temps, sauvé
parmi les hommes...